Luc Archambault
N ous sommes un Peuple
Le peuple et l'état du Peuple
Plaidoyer pour que, sans délai, s'incarnent dans
une institution propre, l'existence et la souveraineté du
Peuple du Québec. Une incarnation distincte,
primordiale et fondatrice de la souveraineté de
l'état du Peuple souverain du Québec.
Copie de travail confidentielle No 97.09.08
À Paul Archambault
Le père de mon père
« D'où venons-nous ? Que sommes nous ? Où allons-nous ? »
Paul Gauguin, 1897
A vant-propos
C'est sans autre titre que celui de peupléyen que je me présente au lecteur du présent ouvrage. Peupléyen plutôt que citoyen parce qu'il décrit plus justement la situation dans laquelle je me trouve. J'appartiens à un Peuple qui n'est reconnu nulle part dans la Constitution de l'État qui prétend le gouverner en toute légitimité. Un Peuple qui n'a jamais été appelé à se prononcer démocratiquement sur la validité de cet État. Me dire citoyen équivaudrait à renier cette appartenance. Je me trouverais ainsi à reconnaître la légitimité de cet État même s'il ne reconnaît pas l'existence du Peuple auquel j'appartiens.
C'est en toute simplicité donc que je soumet au lecteur cette réflexion d'un simple peupléyen, observateur non-diplômé. Il lui sera loisible, à ce titre, de la rejeter aussi rapidement qu'il lui plaira. D'autres avant lui l'ont fait bien allègrement et la petite histoire de la genèse de ce mémoire ne pourra que le conforter dans son jugement et son abstinence.
Exprimée en quelques simples feuillets, destinés à la Commission sur l'avenir du Québec et, par la suite, expédiés aux grands quotidiens dès le début de l'avant-campagne référendaire de 1995, il m'aura fallu écrire ce livre pour que ces quelques idées et observations politiques puissent obtenir droit de cité. Elles n'ont jamais eu le privilège d'être publiées et partant diffusées et discutées au mérite. Le vide.
Dans ma grande naïveté il aurait suffit que les pistes ébauchées dans le document remis à la Commission sur l'avenir du Québec de la région Chaudière-Appalaches soient diffusées et, partant, discutées, validées ou invalidées. Remarquez que ce ne serait pas la première fois qu'un simple peupléyen, pénétré du politique, devoir primordial et ultime de l'être social, se mêle d'échafauder à tort des thèses et théories que seuls les spécialistes savent manipuler en toute intelligence et perspicacité. Si ce n'était de l'accueil reçu auprès du politologue Guy Laforest , j'aurais probablement renoncé à développer mon propos, certain de m'être en tout point fourvoyé. Cet appui permettait que je m'autorise à arguer que ce n'était pas les idées en soi qui faisaient obstacle à leur diffusion. Il devait y avoir autre chose. Mais quoi ?
Je ne sais pas encore. Je sais qu'un temps, avant le déclenchement de la campagne référendaire, avant la Saint-Jean 1995, M. Raymond Giroux, du journal Le Soleil, s'était montré intéressé à publier dans la page Idée une partie du texte remis à la Commission que j'avais entre-temps retravaillé et augmenté, celle notamment qui semblait s'attaquer aux chefs souverainistes. De la part du Soleil il n'y avait là rien d'étonnant. Puis tout à coup, impossible de publier. M. Giroux m'a dit qu'il n'avait plus de contrôle sur cette page. J'ai aussi remis copie de ce mémoire initial à M. Michel David dont j'admire le regard pénétrant. Silence total de son côté aussi. La censure, quel grand mot, de cette extension du cerveau de Conrad Black devait avoir fait son oeuvre. Je devais déranger, quelle prétention, le plan de match de ces messieurs. Soit, il fallait s'y attendre.
Une copie a aussi été transmise à M. Claude Masson au journal La Presse. Remerciements, mots gentils et silence.
Du côté du journal Le Devoir je m'attendais à mieux. Silence total. Je devais là aussi déranger.
Sans parler de la quinzaine d'artistes, de tous métiers et réunis au Club Soda pour manifester et dénoncer la campagne de désinformation de l'émission Radio-canadienne Le Point et de La Presse, à qui j'ai remis copie du mémoire initial. Paul Piché, Gilles Vigneault, Pauline Julien, Pierre Falardeau, André Forcier, Denise Boucher, etc., se sont abstraits dans le silence ou pire dans la soumission à la pensée et stratégie officielle de nos chefs.
En ce monde hyperspécialisé, il semblerait que l'on n'accorde du crédit qu'aux idées et opinions patentées. Il y aurait bien peu de place ni endroit, ailleurs que sur les tribunes des partis, média et facultés, où faire germer des idées qui sortent des sentiers battus par les certitudes des uns et des autres. Ceux-là qui, les uns et les autres, se trouvent à contrôler, dans leurs médias, revues, journaux et dans leurs officines politiciennes, l'étalage et la diffusion de ce qui nous est loisible, à nous la masse, de consommer au niveau des idéologies et des idées prédigérées.
Cet obscurantisme ne s'expliquerait pas seulement, il me semble, par mon pedigree, mes théories, ma formation ou ma littérature, prose, syntaxe, orthographe ou grammaire lacunaire, ni même par les partis pris politiques des uns et des autres. Il y aurait, dans la succession des idées qu'on accepte de véhiculer, un ordre qu'il importe de ne pas trop intempestivement bousculer. Dans la succession des points de vue politiques autorisés qui s'étalent dans les médias, outre ceux qui sont dispensés par les instances officielles des gouvernements, des partis, des organisations, et leurs corollaires directs que sont les commentaires et comptes rendus des journalistes, éditorialistes et chroniqueurs, il n'y aurait d'agréables que ceux qui nous parviennent des commentateurs et universitaires agréés : politologues, sociologues, politiques et à la rigueur philosophes ou artistes vedettes. Ce ne serait pas tant le fait qu'ils accrochent à leur nom leur(s) titre(s) qu'on publie le résultat de leurs cogitations mais bien parce que, ayant suivi l'apprentissage qui leur a permis de s'en prévaloir, ils auraient appris à connaître ce qui peut ou ne peut pas, en telle ou telle circonstance, être dit. N'étant pas pourvu ni instruit de l'intelligence de cette science, il m'apparaît que l'apparente diversité des points de vue ne serait en fait qu'illusoire.
Il y aurait là, dans la connivence d'une certaine promiscuité incestueuse, un protectionnisme certain qui permet aux uns et aux autres d'orienter les débats dans le sens de leur connaissance et d'en écarter l'adventice. Ils connaissent leur dialectique et celle de leurs adversaires. Ils connaissent à l'avance ce qu'on leur opposera et savent qu'en face, eux aussi savent ce qu'on leur répondra. Admettre, dans ce déjà complexe enchevêtrement de certitudes, un élément étranger et aussi étrange qu'une idée nouvelle et porteuse de renversements imprévus, n'est pas si simple et demande beaucoup plus que de l'admettre d'emblée dans le cénacle convoité des idées échangées.
Ainsi donc, placé devant ce mur, j'avais le choix de m'asseoir devant, en silence, en attendant qu'on me donne l'illusoire permission d'entrer. Le choix de souffrir en solitaire le mensonge de la libre circulation des idées, de pester contre le blocage de notre situation politique actuelle. Être à nouveau témoin complice de la reconduction automatique d'une stratégie souverainiste qui s'accommode trop bien de sa prévisibilité, de son argumentaire lacunaire et d'évidence trop peu convaincant, complice de ses approximations tactiques et de ses défaites victorieuses. Ou encore, j'avais le choix de m'atteler à la tâche et contourner le mur, écrire, ne plus attendre la sanction des médias, ne plus me contraindre au format de quatre pages, devenir l'un des leurs et publier un livre. Écrire, prendre le temps d'apprendre un nouveau métier. Développer l'argumentaire, reclasser, ordonner à nouveau et parfois modifier ses idées n'est pas qu'une mince tâche, c'est aussi l'occasion de les confronter à l'usure du temps et à l'évolution du dossier.
Je ne sais pas encore s'il suffit de publier mais j'aurai au moins essayé. Tenté de faire en sorte que ces quelques idées puissent naître et avoir le privilège d'être commentées et discutées.
Soit dit en passant, pour vos commentaires et suggestions, dans l'éventualité où il se pourrait qu'il y en ait, vous êtes cordialement invité(e)s à accéder à mon site Internet. Vous y découvrirez mon oeuvre peint et sculpté, résultat de mon vrai métier. Y sont aussi regroupés, à la Porte d'accession intitulée Écrits de l'artiste, quelques textes dont l'ensemble de ce manuscrit. En actionnant la barre verticale, intitulée «Forum», à la droite de l'écran et jouxtant le texte, vous accéderez au Forum vous permettant d'écrire et d'y inscrire vos commentaires et suggestions.
Adresse du site Internet : http://www.Luc-Archambault.qc.ca
À quoi sert de penser tout seul quand le sujet de la pensée est le destin de la collectivité ? Strictement à rien. J'attends en vain encore un commentaire, une réponse, une discussion, un mot.
P réambule
Hommage à M. Jacques Parizeau
Vous êtes en quelque sorte le père des propositions que ce mémoire tente de défendre et d'illustrer. En 1994 vous avez invité les Québécois à écrire le préambule de la Loi sur la souveraineté du Québec. Depuis vingt ans de souverainisme centré sur la dénonciation de ce que nous ne voulions pas, nous étions conviés pour la première fois à nous pencher sur la description de la réalité que nous voulions, sur le contenu de la souveraineté. Nous étions tous quelque peu désemparés jusqu'à nous plaindre même du fait que la souveraineté ne contenait aucun véritable projet de société alors qu'il était justement question de nous atteler à le décrire. Le problème c'est que le préambule ne pouvait être à lui seul le contenant de ce nouveau contenu. Le fait de devoir attendre l'idéal contenant, notre future Constitution, n'était pas satisfaisant.
Le désarroi dans lequel nous plongeait cet appel inédit au Peuple du Québec et ma difficulté à concevoir les termes de ma consciencieuse participation à cet oeuvre collectif m'a contraint à approfondir ma réflexion politique à l'égard de la souveraineté. Dans une intervention télévisée, à titre d'exemple sur ce que pourrait devenir ce préambule, vous faisiez référence à la Constitution des États-Unis commençant par Nous, le Peuple ... Cette phrase, associée à la contemplation du désarroi du Peuple m'a fortement impressionné et profondément marqué. La notion de Peuple revenait sans cesse dans les ébauches que je m'appliquais alors à rédiger. Tant et si bien qu'il devenait de plus en plus évident que le Peuple du Québec devait désormais se trouver au centre de ma compréhension du concept de souveraineté.
Pourtant, j'avais beau tourner et retourner le tout, je n'arrivais pas à insérer ce nouveau bloc dans le jeu que vous nous aviez donné, celui que collectivement nous nous étions depuis vingt ans donné. Vous aviez convoqué le Peuple mais dans l'avant-projet de Loi il n'en était pratiquement pas question. Tout était centré sur le Québec, sur l'État du Québec. Faire mention du Peuple dans le seul préambule ne rimait à rien. Il fallait changer d'angle, revoir le tout sur de nouvelles bases. Il fallait désormais admettre la nécessité de distinguer souveraineté du Peuple et souveraineté de l'État. Comprendre que l'une est préalable et l'autre subsidiaire. Fonder la subsidiaire sans fonder la primordiale ne pouvait être qu'un processus lacunaire. Or, d'évidence, le Peuple du Québec n'avait jamais été fondé. Rien dans nos institutions ne permettait d'en arriver à la conclusion qu'elles étaient fondées sur la souveraineté du Peuple du Québec puisqu'il n'avait jamais été appelé à sanctionner l'Acte qui les constitue et les gouverne. Le fait d'être convaincu de la souveraineté du Peuple du Québec ne suffit pas à fonder le Peuple et ses institutions. L'évidence m'est alors apparue. Vous appeliez à fonder l'État du Peuple du Québec sans que le Peuple soit préalablement fondé.
Cette simple constatation m'a dès lors causé bien des maux de tête. Devoir renoncer à la préséance de la souveraineté de l'État, craindre d'avoir à renoncer à mes passions et convictions les plus profondes, faire le deuil de mes à priori et certitudes, n'étaient pas que les étapes douloureuses d'une profonde mutation mais aussi une occasion de dépassement. Peu à peu, au fur et à mesure d'un long processus de réflexion et d'apprivoisement, j'ai réalisé que le résultat, loin de m'amener à renoncer à mes convictions passionnées, me permettait de les asseoir sur des fondations encore plus solides et profondes.
Si je m'adresse à vous c'est par respect non seulement pour ce que vous avez été mais aussi et surtout pour ce que vous êtes et ce que vous pouvez être encore dans la longue marche du Peuple du Québec. Vous avez incarné, au jour de votre adhésion au projet de René Lévesque, le pouvoir de l'esprit et de la raison cautionnant celui de l'esprit et du coeur. Vous avez permis que soit crédible cette aspiration du coeur. Votre expertise, votre savoir et savoir faire, votre pouvoir nous ont permis de nous rendre là où nous sommes. Depuis la disparition de René Lévesque, depuis que nous sommes orphelins du coeur, vous avez tenté de faire se joindre coeur et raison en appelant le Peuple à y investir le sien. Cette inspiration est salutaire. Reste à compléter cet oeuvre et à faire pénétrer, dans la raison, le coeur pour qu'ils ne forment plus qu'un. La raison d'État doit maintenant se fondre avec celle du coeur.
Il me semble que le résultat de cette réflexion qui est la mienne parvient à concilier, à réconcilier les caractéristiques propres à la raison et à celle du coeur. Je me sens aujourd'hui libéré. Libéré de cet état d'attente. Libéré d'avoir à attendre l'accession du Québec à la souveraineté pour m'accorder le droit de vivre et d'exister. Cette libération, je vous la dois. Voilà ! Je la souhaite aussi pour vous et pour le Peuple du Québec. Peut-être que ce document, ces propositions, seront des outils utiles.
Permettez pour finir que je vous parle de mes rêves. Je vous ai rêvé apprivoisant ces quelques idées. Je vous ai rêvé me faisant part de vos commentaires. Je vous ai rêvé endosser le résultat de cet échange. Je vous ai rêvé cautionnant cette idée et plus encore revenir sur la scène pour la défendre et l'illustrer. Je vous ai rêvé préfaçant cet ouvrage.
On peut rêver. Mais il faut savoir aussi vivre avec la réalité. Du peu de ce que je sais de la réalité, je sais que la pénétration des idées dans le corps de la société est un processus fort long et complexe. Je sais que jusqu'à maintenant l'accueil fut tout ce qu'il y a de plus mitigé. J'ai la prétention de croire que cela n'enlève rien à la justesse et pertinence de ces quelques réflexions. Je sais que je n'ai ni la notoriété ni la crédibilité pour faire en sorte qu'elle émerge et soit publiquement débattue et adéquatement défendue. Vous seul pourriez faire en sorte qu'un consensus souverainiste autour d'elle se forge. Et cela, d'ici les prochaines élections provinciales qui fixeront le prochain agenda référendaire. Vos convictions souverainistes, vos fidélités passées, vos actions, votre retraite prématurée, votre présence renouvelée pourraient justifier le fait qu'on appelle un tel bouleversement dans les chapelles souverainistes et la gestion de ses dogmes.
I ntroduction
Cet ouvrage tente de défendre et d'illustrer la pertinence de mettre de l'avant une idée nouvelle de ce que peut être, ce qu'on appelle communément et en toute confusion, la souveraineté. Cette idée consiste d'abord à distinguer la souveraineté du Peuple de la souveraineté de l'État. Ce qui du reste ne permet pas de la qualifier de nouvelle. Ce qui pourrait être nouveau serait de se convaincre d'incarner dans le réel le fait que l'une est préalable et l'autre subsidiaire : la souveraineté du Peuple est préalable à la souveraineté de l'État.
Or rien ne permet d'incarner dans la réalité de nos institutions la prépondérance de l'une part rapport à l'autre. Cette idée nouvelle consiste à se convaincre d'incarner le primordial sans attendre que le subsidiaire advienne. Seule cette incarnation institutionnelle peut mériter le fait qu'on puisse admettre qu'on la considère effectivement comme préalable. Il ne suffit pas de dire que, bien sûr, je suis tout à fait d'accord avec vous, la souveraineté du Peuple du Québec est préalable à la souveraineté de l'État souverain du Québec. Encore faut-il que cela s'incarne dans autre chose que le simple fait de le dire.
Rien dans nos institutions n'incarne la souveraineté du Peuple du Québec. Rien non plus dans ce que l'on se propose ou ce que l'on nous propose de faire. En aucun cas la stratégie souverainiste, la démarche référendaire, les programmes du Parti québécois et du Bloc québécois et autres échéanciers, manifestes et manifestations de la pensée souverainiste ne permet d'incarner le caractère préalable de la souveraineté du Peuple du Québec. Au contraire la souveraineté du Peuple du Québec n'est manifeste qu'en bout de ligne, à la fin du processus de sécession, au moment où le Peuple du Québec sera invité à approuver la Constitution de l'État devenu souverain.
Nous sommes ici conviés à réfléchir sur la pertinence d'inverser cet ordre des priorités. Pour des raisons stratégiques mais aussi et surtout pour des raisons que la simple et naturelle raison et logique démocratique commandent.
Cette distinction dans l'appréhension et la compréhension des souverainetés, celle du Peuple et celle des États, nous amène à découvrir qu'il est un fait encore plus fondamental qu'il importe non seulement d'affirmer mais aussi d'incarner dans la réalité de nos institutions, à savoir : l'existence même du Peuple du Québec. Encore là, rien dans nos institutions ne permet d'incarner l'existence du Peuple du Québec, rien non plus dans la stratégie du souverainisme étatique.
Une fois ces préalables admis, ce document tente d'amener le lecteur à constater que cette fracture, entre la réalité et les prétentions confuses des dogmes du souverainisme étatique, contribue à son auto-blocage dans l'opinion publique québécoise, à exacerber l'hostilité des adversaires de la souveraineté de l'État, à diviser nos forces, à nous tenir loin des consensus et, en somme, tout en facilitant la tâche des statuquistes, à nous confiner à la limite extrême de l'échec ou de la réussite.
Pouvons-nous reconduire automatiquement encore le même et éternel plan d'accession du Québec à la souveraineté sans prendre le temps de faire les bilans utiles, sans questionner nos à priori, sans faire reculer nos certitudes, sans envisager la grande probabilité d'une nouvelle défaite et sans en mesurer les terribles, néfastes et funestes conséquences ?
Un référendum gagnant, ce slogan ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Remettre notre pouvoir encore entre les mains d'une direction, d'un chef qui, en dépit de tout, s'acharne à croire la victoire décisive possible. Pouvons-nous nous contenter d'une vague possibilité de victoire ? Pouvons-nous nous contenter d'obtenir au mieux qu'une possible majorité de quelques dizaines de milliers de voix ? Encore tolérer longtemps des hostilités fratricides, sans avoir l'occasion de s'entendre sur l'essentiel et le fondateur, notre très majoritaire opposition à la Constitution du Canada, celle de 1982, et notre presque unanime adhésion à l'existence et à la souveraineté du Peuple du Québec ?
Ces consensus sont porteurs non seulement de sens mais aussi de conséquences probablement favorables à l'émergence d'un consensus plus large gravitant autour de la souveraineté de l'État et certainement profitable à la cause de la reconnaissance et du développement du Peuple du Québec, quel que soit l'État qui le gouverne.
Ces consensus nous amèneraient, en attendant l'État souverain du Québec ou une Constitution canadienne admissible, à consacrer l'invalidité de l'État canadien et à établir les paramètres de l'existence d'un Peuple orphelin et privé d'État légitimé par lui. Ces consensus nous permettraient de nous entendre sur un certain nombre d'institutions nouvelles et primordiales qui, fondées sur l'existence et la souveraineté du Peuple du Québec, incarneraient l'état transitoire dans lequel, dès lors, on se trouverait.
Cet ouvrage ne prétend pas, loin de là, faire le tour de la question. Il collige quelques éléments constitutifs de l'ébauche d'une analyse à faire. Il tente d'ouvrir des pistes de réflexions utiles et, espérons-le, profitables à l'avènement et l'incarnation de la souveraineté du Peuple du Québec et, souhaitons-le, de celle d'un État du Québec bien à lui. Pour en finir avec la souveraineté, pour enfin passer à autre chose qui ressemblerait à simplement vivre et exister.
Suite...
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